20 février 2007

Les éclaireurs...


Ils ont parcouru des chemins sur lesquels je m'aventure, parfois. Ils sont à mes côtés pour franchir les obstacles. Ils sont la lampe frontale qui vient éclairer le passage difficile. Ils n'éblouissent pas avec leurs lumières. Ils n'ont pas de système à vendre. Ils sont passés par là et connaissent le terrain.
Blanchot, je le fréquente très peu, il est si silencieux, discret, neutre, pâle, presque invisible. Il incarne la "solitude essentielle".
Pessoa, je l'ai rencontré par hasard, j'ai fait la connaissance des personnages qui l'habitent. Seul Bernardo Soares m'est vraiment proche. Il met en mots mes propres pensées, en choisissant les phrases que je ne trouve pas... C'est devenu un familier.
Cioran est un parent éloigné, exilé, qui me fait plier de rire à la fin des repas en racontant l'absurdité du monde. Il me dit aussi que je ne suis pas obligé de participer, de courir en suivant les bruits et les lumières de la ville. Il me répète que je suis libre et responsable de cette liberté.
Char est énigmatique, pas facile d'accès. Sa carrure, sa grosse tête m'impressionnent. Je marche à ses côtés au bord de la rivière, je ne dis rien, j'écoute et j'attends qu'il lâche quelques mots. Je m'empresse de les noter pour les examiner plus tard, tranquillement, au coin du feu.
En résistant, en renonçant, ils ont placé des signaux sur le parcours, dessinant la frontière entre le possible et l'impossible. Ils n'imposent rien, ils n'ont pas de biographie... il faut leur faire confiance...

16 février 2007

Entracte...

Dessin plume et encre de chine, vers 1986

Les marcheurs qui s'aventurent loin des sentiers battus et partent à la conquête de terres inconnues ont toute mon admiration. J'aime suivre leurs pas, parcourir après eux les espaces qu'ils ont découverts. Leurs expériences limites posent des balises, des repères dans la nuit. Ils indiquent la direction à suivre quand le chemin devient difficile. Je n'ai pas l'âme d'un aventurier, je suis un promeneur du dimanche et ces hommes sont mes héros. Chacun a pour moi une valeur particulière, il a ouvert une possibilité d'être, de résister au quotidien, au conventionnel, à l'ordre, à l'attendu. Je n'aime pas trop fouiller dans leur vie, je me contente de bribes et de leur oeuvre. Marc Aurèle, Cioran, Wittgenstein, Blanchot, Pessoa, Char sont mes porteurs d'eau. Ils me soutiennent et m'accompagnent. Chacune de leur existence résonne en moi et je me sens redevable du don qu'ils me font.

14 février 2007

Planète blog, acte III scène 3

Foule 17, 1984

J'ai ouvert la boîte et je ne m'en sors pas. Hier soir, débordé par le flot de questions soulevées, j'écrivais " Je bouillonne mais votre absence rend la tâche surhumaine... Nous sommes un livre ouvert qui s'écrit à plusieurs têtes."

Afin d'y voir un peu plus clair, je dépose ici ce que nous avons mis, les uns et les autres. Je pose en vrac, j'ai bien essayé de faire des rangements organisés, le moi, le toi, le soi, le multimoi, le nous, le vous, le vous et moi, l'autre, la présence et l'absence, le "il y a" et le "je suis", le réel et le virtuel... J'ai aussi tenté une présentation par champ, mais le résultat est le même, il y a des morceaux partout, des trucs qui restent dans un coin, d'autres qu'il faudrait mettre dans chaque catégorie...

“Etranges liens d'une toile tissée de plusieurs sens uniques, qui toutefois parviennent à se croiser quelquefois.Mysterieuses attaches qui ressemblent à de l'amitié parfois. Une amitié sans implication pourtant...Toute une contradiction.”
“Derrière nos écrans, chacun de nous est susceptible d'être en lien avec, d'aller à la rencontre de gens de tous horizons, que le monde réel, notre environnement, nos lieux de vie, nos modes de vie et pensée, n'auraient pas permis. A l'heure où nos libertés individuelles se réduisent à une peau de chagrin, où les espaces d'expressions sont trop souvent torpillés, c'est peut être cela qu'apporte internet/blog/my space: des espaces d'expressions,libres, où l'on se fout de votre pedigree, de votre CV, de vos appartenances familiales, de votre capital bourdieusien. Cela rend l'émergence de communautés planétaires possible, et affranchie des transports physiques.”

"Je ne crois pas à la virtualité de cet espace qui permet des rapports sans rapports etc. car il y a un précédent de taille auquel nous accordons la plus grande réalité : le langage même. Non pas le langage comme simple outil, mais comme espace même de notre penser. Le langage FAIT espace est notre toute première agora. Qu'il faille s'en réjouir ET le déplorer c'est une autre histoire. Gageons cependant que celui-ci d'espace (blogosphère) nous dégage justement un peu du langage-espace hiérarchisé et nous "compétitifiant" les uns les autres, au profit d'un langage plus horizontal, moins fonctionnel, plus propice à réintroduire entre nous des sentiments naturels liés au dialogue.”

“Oui le monde des bloggeurs est virtuel et pourtant infiniment réel, profond, les amitiés voire les amours y sont souvent fortes, le fait sans doute de ne pas se connaître physiquement y incitent avec une certaine dose de fantasmes ...”

“"Alors outre les blogs d’inventaires et les blogs militants, les seuls blogs qui célèbrent l’Agora sont peut-être ceux nourris de notes éphémères, ou encore ceux où les auteurs déposent simplement ce qu’ils ont personnellement à dire. " Cette note qui dévoile une nouvelle Agora m'a marqué. Cette spécificité, dans le rapport d'égalité qu'elle instaure entre des individus libres, restaure un espace disparu, celui de la discussion, cette parole non figée par l'écrit.
Par delà cette conquête, nous découvrons la nature des relations qui pouvaient alors exister et que nous avons oubliées. Cette relation a tous les critères de l'amitié, réconciliant l'espace privé et l'espace public, ethique et politique ne faisant plus qu'un. Je me sens proche de vous dans un rapport que je ne connaissais pas. Vous êtes entrés dans mon existence et vous êtes devenus importants mais nous ne nous devons rien.”

“ J'aime ces rencontres virtuelles, qui ne remplacent pas les "réélles", mais qui les complètent. C’est une autre façon de communiquer, différente de la tradition epistolaire, car rapide, presque immédiate, et variée. La blogosphère est un véritable monde qui se sustitue à celui auquel on s'était habitué. Tout est concentré ici.”

“ lAttention à l'enfermement, même si c'est dans un monde aussi "ouvert" que la blogosphère,reste vigilant...”

“Je n'échange pas car je ne vous parle pas. Je prends, je ne donne pas. Les commentaires, au contraire du blog lui même, me semblent bien trop souvent egotistes (est-ce le bon sens de ce mot? centrés sur la seule personne de l'écrivant écrivain qui se met en scène et ne souhaite pas partager autre chose qu'une façade. Triste pensée ou réalité? “

“Dans ce monde, ondoyait une infinité de phrases solitaires qui s’y regardaient attentives et s’y croisaient parfois sans se voir. Des phrases empreintes d’une humanité qui s’emparait et réchauffait sans repis un espace technoïde trop longtemps gelé. Des mots qui s’entassaient parfois, jusqu'à former des montagnes de contradictions aux sommets inatteignables. J’y entrai, dans ce monde, muni d’un petit sac rempli de lettres, de petites lettres rien qu’à moi, conservées depuis lors avec beaucoup d’attention, dans le doux secret des jours intérieurs. Je les éparpillai alors, à droite à gauche parmi celles des autres qui étaient arrivés avant moi. Je regardai mes lettres qui formèrent des mots à leurs tours et je restai là, immobile, interrogatif et inquiet, à les observer. Et puis je vis, je vis mes mots qui s’échappèrent, qui se faufilèrent au milieu des autres, qui se mirent à tournoyer en farandoles jusqu'à s’éparpiller partout en territoire inconnu. J’esquissai le sourire, celui de l’enfant qui libère l’oiseau, et j’attendis secrètement qu’ils reviennent…Ils ne revinrent pas bien sûr. Mais je reçu en retour des mots venus d’ailleurs, de douces paroles à boire, de celles qu’on sirote le soir entre amis aux comptoirs des petits cafés, de celles qu’on susurre à l’oreille aussi, de celles qui vous questionnent, qui vous secoue doucement l’épaule et vous encourage. Je pris les paroles, les plongeai furtivement dans mon sac, désormais vide de mots, je regardai le ciel et repris mon chemin.
C’est un monde aux milliers de mots…qui pourrait bien vous tirer des larmes.”

“J'aime beaucoup la dimension "rencontre" des blogs. Notre animalité physique en étant exclue, reste un rapport qui se créé (ou pas) entre des êtres géographiquement éloignés (ou non). Avec certaines et certains se noue un lien de proximité- intellectuelle, artistique, affective- désincarné, mais réél.
c'est étrange et fascinant.”

“ "Accoucher de soi-même à plusieurs" : tel est, à mon sens, l'amitié que nous nous faisons les uns les autres sur la blogosphère, pour peu qu'on y consente personnellement. C'est cet aspect maïeutique de nos relations dites "virtuelles" qui joue le rôle à la fois de garde-fou (contre des fantasmes aussi dévastateurs qu'infondés) et de garant de l'objectivité (du bien-fondé) de nos dires. Ici, notre existence est incertaine...”

“Sommes-nous présent ou absent ? réel ou imaginaire? sujet ou objet ?...
C'est, je crois, ce caractère indécidable qui exerce cette fascination et ces projections. Il y a de la rugosité dans la blogosphère...”

“On s'interroge, on se touche, on se gratte la tête, on s'épouille les uns les autres, sans même jamais se connaître...
Ici, on peut tout se dire, et chaque mot se greffe à nous pour nous pousser... vers quoi ?
Un grand monde qu'on rêve être le nôtre ?
Se retenir à nous, se retenir à soi...”

“Ces rencontres et ces échanges ressemblent à ceux que l'on aurait dans des musées et des bibliothèques où la parole serait encouragée. Assemblées sans statut, membres sans condition.”

“Ce qui me questionne, pratiquant moi-même le blog depuis peu, c'est la virtualité de la rencontre. "Sommes-nous sujet ou objet ? ". Les deux probablement, toujours, ici comme dans la réalité. Mais en définitive qu'est-ce qui est le plus réel ? Ces faux-semblants dont nous usons pour tenir les masques sociaux ? Ou ces échanges à distance et en intériorité ? “

“Notre statut, notre réalité, notre identité sont remis en question par cette virtualité, et cela nous l'acceptons. Mais le plus surprenant c'est que ces questions se transposent dans le monde que l'on appelait réalité. Ce reflet nous révèle à nous-mêmes et nous montre ce que nous sommes... en réalité.
Le fait d'être nombreux à penser des choses si proches, si loin des conversations quotidiennes est encore plus étonnant.”

“et à la fin retourner dans l'autre monde .. quel est donc le vrai ?? “

“..avec moins de limites entre les "deux mondes".

“En soi tous les mondes qu'ils soient subjectif ou objectif ou ??? ... se cotoient au gré de nos fantaisies, naturellement !”

“Fantaisie et nécessité, nous jouons d'inscriptions dans des logiques de vies alternatives et plurielles qui s'actualisent ou restent rêvées...”

“Il y a 32 ans maintenant, Roland Jaccard voyait déjà que contrairement aux sociétés archaïques, "dans nos sociétés modernes, l'autre est réduit à une pure fonction instrumentale; nous le côtoyons, mais nous ne le rencontrons jamais." Il définissait l'exil intérieur comme étant "ce retrait de la réalité chaude, vibrante, humaine, directe; et le repli sur soi; la fuite dans l'imaginaire". Dans son ouvrage "L'exil intérieur. Schizoïdie et civisation" il essayait de répondre à la question de savoir par quel processus la sphère du privé nous a conduit à cette schizoïdie généralisée.
Cela considéré, la question aujourd'hui est de savoir si cet écran de 17 pouces va enfin nous guérir ou nous donner le coup de grâce.”

“Se rencontrer à nouveau, dialoguer à nouveau : recréer ici l'espace originel de la philosophie, c'est-à-dire pour nous, véritable gageure aujourd'hui : un espace plus fort que la philosophie actuelle même !
A mon sens c'est possible, mais les conditions à remplir pour de véritables rencontres nécessitent de vaincre bien des désirs et autres sales habitudes...”

“Attention, trop bloguer conduit à un dédoublement de la personnalité . Bon nombre de blogueurs sont devenus des amis et quelques amis sont devenus des blogueurs donc pour moi la frontière entre les deux mondes a été effacée depuis longtemps...”

Voilà le travail...

10 février 2007

Planète Blog, acte III scène 2


Il arrivait, posait son cartable sur le coffre. Il le ramenait tous les soirs par habitude, mais il ne l'ouvrait jamais.
Il enlevait sa veste, la jetait sur le fauteuil où elle resterait jusqu'au matin, puis il se lavait soigneusement les mains, ouvrait nonchalamment son courrier, rangeait les factures dans un gros dossier où elles attendraient la dernière échéance, jetait les envelopppes après les avoir froissées et réduites en boules compactes puis il se dirigeait vers son bureau sans éclairer la pièce. Il s'installait sur la chaise pivotante après avoir réajusté les deux pieds instables, se frottait inconsciemment les mains, débloquait l'écran, l'ouvrait, appuyait sur "on" et attendait. Son corps commençait déjà à le quitter... Dans quelques secondes, quand la lumière bleutée aurait fait son apparition, il l'oublierait.
Le fond d'écran, les icônes. Il pouvait commencer. Il cliqua. La machine s'affairait, on entendait un léger ronron, les fenêtres s'ouvraient et se superposaient. Il aimait voir tourner la petite roue qui indiquait la recherche des nouveaux messages... et puis le bip suivi de l'affichage. Comme sa vue avait baissé, il devait s'approcher pour déchiffrer le nombre de messages reçus. Un clic et un coup d'oeil.. Il effaça les publicités et consulta les autres messages. Il y avait des commentaires sur le blog. Il attendrait d'être sur le site pour les découvrir. Pour l'instant, il choisissait la musique qui allait l'envelopper pendant cette nouvelle séance. Il lui restait à consulter le compteur, un pincement d'impatience pendant le chargement, et l'affichage de la statistique, implacable. Depuis quelques semaines, le nombre de visiteurs avait crû de manière importante, presque doublé. Cet indicateur le rassurait, une douce chaleur l'envahissait. Il se sentait bien. Il pouvait enfin ouvrir le blog, lire les commentaires qui avaient été déposés, par les habitués, les anonymes et les nouveaux venus. Cette rencontre, toujours imprévisible, l'enchantait. Il lisait attentivement chaque phrase, la faisait tourner pour en savourer le sens. Avant de répondre, il préférait lire les autres blogs, ceux qu'il avait selectionnés jour après jour. Ils étaient devenus familiers, leur mise en page, leur manière d'aborder les questions, leurs habitudes langagières. Quand un texte faisait écho, il prenait le temps de chercher quelques mots pour dire qu'il était passé, qu'il avait apprécié. Au début, il avait trouvé ça difficile, d'écrire en aveugle et puis à force de citations recopiées, il avait pris une certaine confiance et maintenant, il préférait laisser ses propres mots. Ensuite, il fermait les fenêtres, ouvrait la page de ses textes, et, entouré de carnets, de notes, de livres et du dictionnaire, il se mettait au travail. Quand il jugeait qu'il avait terminé, il jetait un dernier coup d'oeil à son courrier, rangeait ses affaires, éteignait l'ordinateur, allumait la lumière, récupérait son corps et retournait dans l'autre monde...

07 février 2007

Planète Blog, acte II

Pommes (1995), sur la table du salon...

Plus les commentaires sont nombreux et détaillés, plus ils influencent l'écriture. Depuis quelques temps, mon sujet s'est déplacé, il change de forme. Votre participation modifie ma perception. Sans vous, j'aurais continué ce dialogue tranquille que j'avais engagé avec moi-même. En intervenant, vous m'interrogez, m'obligez à m'arrêter et à examiner ce que je transporte. Cette semaine a été fructueuse. J'ai découvert des choses impensées ... En réponse à un commentaire, j'ai ainsi pu écrire "... des mots, des sons, des images pour échapper à l'effroi ressenti à la surprise de rencontrer quelqu'un en soi et de devoir faire face à la part impersonnelle qui nous habite, part que nous avons nécessairement en commun... émerveillement quand la part de l'autre se manifeste et vient à ma rencontre..." J'ai aussi trouvé: "Je Te parle de Lui, cet autre, impersonnel, que nous avons en commun."
Cette aventure "endotique" sur une terre inconnue, ici la planète Blog, est analysée par Remo Bodei: "Traversant des espaces logiquement intraversables, nous franchissons sur l'aile du désir le miroir qui sépare le réel de l'imaginaire et pénétrons dans un monde sans épaisseur qui paraît plus riche de sens que l'univers tridimensionnel où nous vivons effectivement. Nous sommes poussés vers une zone d'irréalité véridique ou de déréalisation qui nous satisfait, vers une illusion plus vraie que toutes les réalités qui nous entourent. Ainsi s'ouvrent d'improbables et imprévisibles fenêtres de sens, des mondes et des enclaves bénéficiant par rapport à la réalité et au temps chronologique d'une extraterritorialité, qui nous parlent d'une autre existence plus digne d'être vécue, d'un joyau enchâssé dans la banalité du quotidien, d'une éternité conçue comme fin des relations temporelles."

Promeneur égaré sur cette planète, je termine en citant Job " Oui, j'ai parlé, sans comprendre, de merveilles qui me dépassent et que j'ignore" ...

04 février 2007

Planète Blog...

Dessin aux pastels, 1979...

Quand j’ai créé ma petite entreprise sur la planète Blog, je n’avais aucune idée de son devenir. J’écrivais dans mon premier bulletin à usage externe : “je deviens un point, un signe,.. pas grand chose et c'est déjà un peu désespérant, le silence de ces espaces infinis ... rencontrer d'autres particules égarées ?”
Ma petite affaire a fructifié. Quelques proches, visiteurs bienveillants et puis des rencontres inattendues, insoupçonnées.

Dans ce monde parallèle, espace social dématérialisé, personne ne peut imposer son autorité, les relations fonctionnent sur un pied d’égalité. Les rencontres sont libres, consenties. Elles sont virtuelles mais les liens qu’elles tissent sont réels. On s’attache, on attend, on sourit. Chaque signe est un instant de plaisir, léger. Absence de calcul, de mise à l’épreuve.
Etrangeté qui rend possible la reconnaissance d’une certaine communauté. Rapport sans rapport, partage sans partage, communauté sans communauté.
Cette relation totalement neutre, qui loin d’empêcher toute communication nous rapporte l’un à l’autre. Elle ne survient que dans une temporalité entre parenthèses.
Rapport incommensurable de l’un à l’autre, elle est le dehors relié dans sa rupture et son inaccessibilité. Elle est désir de franchir une distance infinie et irréductible, la proximité des lointains et le contact de ce qui n’atteint pas.

Réconciliant l’égalité, la liberté, la fraternité, la planète Blog réalise la république sublimée....

Remarque:
Plusieurs micro-événements ont motivé ce billet: un blogueur qui quitte la planète et retourne sur Terre, des blogueurs qui se mettent en retrait, un commentaire inattendu sur mon premier post...
(Cette analyse doit beaucoup aux écrits de Maurice Blanchot sur ...l'amitié.)

02 février 2007

Histoire à dormir debout...

Quand les filles étaient des enfants, il fallait être imaginatif pour transformer les promenades dominicales en parcours ludiques et attractifs. Leur tentation se matérialisait plutôt en une protestation grise voire une franche et noire hostilité. Mais, impossible de déroger, il fallait encore et toujours emprunter les mêmes chemins sur lesquels on s'extasiait avec une constance qui frisait la provocation.
Aussi, pour agrémenter le trajet, très répétitif, nous nous racontions des histoires, nos lectures ou notre imagination projetaient sur les sentiers des personnages qui nous accompagnaient.
En relisant un petit carnet, j'ai retrouvé le compte rendu d'une de ces journées et l'histoire que je leur avais inventée. C'est l'histoire d'Eléonore, une petite fille empruntée par des extraterrestres gazeux et sphériques... et qui ne dut sa survie et son sauvetage qu'à sa force mentale. Elle s'était aperçue qu'elle avait la capacité de transformer leurs corps gazeux. Après de longues et douloureuses aventures, elle avait réussi à changer chaque entité bulle en cube dense... En assemblant les cubes, elle avait construit une sorte d'échelle qu'elle put utiliser pour redescendre sur terre...

En rangeant, j'ai aussi retrouvé un dessin que j'avais fait pour leur chambre...



Je me demande ce qui pouvait bien me passer par la tête à cette époque.

30 janvier 2007

La valise de son père...


Le livre est noir, le nom est rouge, le château est blanc...

Orhan Pamuk a reçu le prix Nobel de littérature le 7 décembre 2006. Dans son discours, il parle de l'écriture. J'ai lu et relu le passage suivant... (Le sens du titre ne se dévoile qu'à la lecture de l'intégralité du texte)

"Pour moi, être écrivain, c'est découvrir patiemment, au fil des années, la seconde personne, cachée, qui vit en nous, et un monde qui sécrète notre seconde vie : l'écriture m'évoque en premier lieu, non pas les romans, la poésie, la tradition littéraire, mais l'homme qui, enfermé dans une chambre, se replie sur lui-même, seul avec ses mots, et jette, ce faisant, les fondations d'un nouveau monde... En écrivant, il peut fumer, boire du café ou du thé... jeter un coup d'oeil dehors... ou bien sur un mur aveugle. Il peut écrire de la poésie, du théâtre ou comme moi des romans. Toutes ces variations sont secondaires par rapport à l'acte essentiel de s'asseoir à une table et de se plonger en soi-même. Ecrire, c'est traduire en mots ce regard intérieur, passer à l'intérieur de soi, et jouir du bonheur d'explorer patiemment, et obstinément, un monde nouveau"...


Ce désengagement du monde réel pour construire un vrai monde reste un mystère, silencieux, indicible...

Remarque:
Dans un texte retrouvé dans sa malle, Pessoa soulève un coin du voile: "Chaque homme qui existe est Moi. La société toute entière est moi. Je suis mes meilleurs amis et mes plus sûrs ennemis. Le reste - ce qui est en dehors - depuis les plaines et les montagnes jusqu'aux gens... - tout cela n'est que paysage..."

27 janvier 2007

Origine...


Un de mes derniers dessins, à la fin des années quatre-vingt-dix. Après avoir été gaucher, j'avais décidé de dessiner de la main droite... ce changement avait rendu le trait à la fois plus simple, direct mais aussi retenu, hésitant, gauche...


A l'âge de dix ans, ma vie a changé. Avant, c'était le paradis, la lumière, tout se passait dehors. Après, l'univers s'est brusquement rétréci, je me suis retrouvé dedans, à l'ombre. Enfermé, il n'y a pas grand chose à faire quand on a dix ou onze ans, on sent bien que tout se passe ailleurs. Alors, j'ai ouvert le dictionnaire Larousse encyclopédique en trois volumes rangé dans ma chambre, et j'ai tourné les pages. Je ne sais pas pourquoi je m'arrêtais sur les autoportraits, Raphaël adolescent, Rembrandt adulte, Léonard de Vincy, âgé... Ces images minuscules m'ont attrapé et restent encore, quarante ans plus tard, gravées, intactes. J'ai commencé à les reproduire, à les agrandir, et petit à petit, sans m'en rendre compte, je suis devenu accroché au dessin...

Pendant trente ans, j'ai pensé que la peinture était ma grande affaire. Et puis, un jour, l'absolue nécessité s'est dissipée, la page s'est tournée, le dictionnaire refermé. Les mots avaient pris le dessus et je suis ressorti, libéré...

24 janvier 2007

Tri sélectif...

"... hier, j'ai subi une anesthésie... dans la pièce où j'attendais mon tour, patientait aussi un couple. Je n'aime pas trop engager la conversation mais la promiscuité, tous les deux torse nu attendant le même examen, encourageait le contact. Un bavardage inconséquent s'est installé, le médecin, l'inquiétude... Quand le mari fut parti, crispé, la discussion se détendit et, avec l'inconnue, nous nous confiâmes nos peines et soucis respectifs. Elle me raconta la mort récente de son père, la souffrance quand sa mère, alors qu'elle avait dix-sept ans, perdit la raison à la suite d'une attaque, le jeune frère et la soeur dont elle s'occupa, le travail, institutrice, les années jetées à la va vite, la souffrance, le soulagement de la psychothérapie, puis son mari revint, la bouche pâteuse et le verbe hésitant, les banalités aussi... ce fut mon tour, la rapidité de l'anesthésie, l'absence, le repos dans la chambre, la visite du médecin et le retour à la case maison. Ce soir, j'apprends que cette femme a un lien avec moi. Elle est l'amie d'une amie qui a vécu cette nuit un cauchemar épouvantable. Animatrice d'un comité de lecture à V., elle rentrait en voiture chez elle quand des masses d'eaux furieuses et boueuses ont envahi la chaussée, noyant le moteur et l'obligeant à abandonner son véhicule, à se protéger derrière un muret et à hurler à la mort. Deux passants ont d'abord essayé de venir à sa rescousse, vainement. Ce sont les pompiers, prévenus par des appels désespérés, qui l'ont finalement encordée, tractée et sauvée..."


Sans doute troublé par cette hisoire, j'avais éprouvé la nécessité de la consigner dans un carnet, le rouge, le 23 septembre 1993.
En recherchant dans les archives de La Provence, on retrouverait les détails de cette crue et dans les registres de la clinique l'identité des personnages.

Remarque 1
J'ai relu cette année ce carnet... Je n'ai gardé aucun souvenir de cette histoire. Rien.

Remarque 2
La mémoire est sélective, on le sait. Elle semble fonctionner comme nous le faisons avec nos déchets. Chaque soir, nous vidons la poubelle. Une grande décharge recueille tous ces faits et gestes et les abandonne au temps, grand dévoreur. Certains jettent beaucoup, d'autres peu, nous nous attachons à des vieilles choses, il y a des encombrants, tout un fouillis inutile qu'on accumule, souvent en vrac et puis certaines images, sons et odeurs qui collent au fond de la boîte. De ce qui a été vécu dans la journée reste peu, nos sociétés produisent une quantité impressionnante de déchets.

Pour organiser le tri, il faut lire atentivement ce document :
(pour y voir clair, il faut cliquer...)

21 janvier 2007

Récréation...


Nous étions tranquillement en train d'étudier les invasions barbares, la chute de l'empire romain, les fenêtres étaient ouvertes, il faisait doux, la classe était calme, sereine, il régnait, comme on dit, un climat propice aux apprentissages. J'étais assis avec un groupe d'élèves, la récréation, pour des raisons d'emploi du temps, avait été raccourcie, certains s'en étaient plaint. Un élève prit la parole et me demanda poliment : " c'était comment les récréations avant?" sous entendu quand j'étais enfant. Les autres ont arrêté spontanément leur occupation et, dans le silence, j'ai répondu : " c'était comme maintenant, toujours trop court, on courait dans tous les sens, on tapait dans un ballon et on embêtait les filles..." Ils ont souri ou ri , puis nous sommes retournés, sans aucun effort, au début du Moyen Age...

18 janvier 2007

Chanson de gestes...

Les mains participent à la conversation. Elles accompagnent le discours, parfois même s'y substituent...

Rome, avril 2005

Dans notre babillage quotidien, le sens des mots compterait pour 7% seulement dans la compréhension du message, l'intonation pour 38%, et les gestes pour... 55% . Lorsque nous parlons, nous sommes d'abord vus, puis entendus, et enfin, éventuellement, compris.
En ouvrant la boîte des gestes d’accompagnement du langage, on découvre tout de suite les mains et les doigts. Chaque doigt est autonome pour donner des informations et compléter les mots. Dès l'enfance, les adultes ont le souci d’enseigner les bons gestes, ceux qui sauvent et d’écarter les autres. Ainsi leçons de mots et de gestes se mélangent dans l'apprentissage que subit le petit d’homme.
Un fondement de l’ordre réside dans la maîtrise de l’index, qui en fonction de son orientation et de sa position va rapidement faciliter l’échange avec les autres terriens. Pointé vers le désir pour dire ”je veux”, tourné vigoureusement contre la tempe pour diagnostiquer un état mental confus, agité de gauche à droite, essuie-glaces pour dire non, plié régulièrement d’avant en arrière, main fermée, bras plié, pour faire venir à soi, secoué de profil pour signaler un risque de sanction important si le comportement n’est pas réévalué et rendu plus conforme ... et surtout, levé vers le ciel pour dire “j’ai quelque chose à vous dire, écoutez-moi."

Bref, arrivé à l'école, il faut vite apprendre à lever le doigt pour être autorisé à parler. L’intérêt n’apparaît pas toujours à l’enseigné qui, à deux ans juste passés découvre les premières joies et peines de la vie collective avec une maîtrise de la langue discutable et une motricité approximative. Le maître, plié sur une micro chaise doit faire face, maintenir assis, échapper à la cacophonie, au brouhaha et mettre de l’ordre dans la remuante assemblée. Mission remarquable, au milieu des pleurs, des plaintes, cris et exigences à interpréter. Le monde du tout petit d’homme est "Maintenant". Le désir est variable mais il ne supporte pas le délai. Une fois les miniterriens assis et calmés, les inquiétudes consolées, l’apprentissage peut commencer. Il faut être rapide et efficace, capter, montrer, faire et refaire, vite. Moment crucial du vivre ensemble, le lever du doigt. Une image, un objet apporté, un prétexte, une branche d’automne. Poser une question et attendre, et puis expliquer que pour s'entendre, il faut s'écouter, alors qu'on va être bien sage et qu'on va lever le doigt pour montrer qu'on veut parler. Voilà. D’accord? Alors, on montre le lever d’index, celui là, et on fait faire pareil, oui, c’est ça, non pas celui là, oui vers le haut, pas vers le bas, non, toi arrête, oui ben toi tu vas t'asseoir là-bas parce que non tu ne le mords pas, oui mais non tu prendras ton doudou tout à l'heure, bon, allez on tape dans les petites mains, voilà et toi qu'est-ce que tu as, pourquoi tu pleures, ah, alors, toi, pourquoi tu l'as poussé, viens t'asseoir là... Passer à la phase deux. Alors, on reprend, non tu restes assis là, oui, elle est jolie ta robe, oui, toi aussi, ah, d'accord , c'est mami qui t'a acheté ce pantalon, bon, rester calme, petit pouce es-tu là, chut, je dors, petit pouce, es-tu là, oui, je sors, encore, alors cette branche, elle vient d'où ? Non, on lève le doigt, non pas celui là, oui toi, c'est très bien, c'est comme ça, alors, puisqu'il a bien levé le doigt, il va répondre à la question. Dis nous pour la branche. " et ben, moi, maman elle s'appelle Jackie" ... Un petit silence intérieur, un instant de flottement, vite compensé par la vision suivante : sur le banc, immobile, silencieux, bras tendu vers le ciel, un mini-extraterrestre lève la main, poing serré, auriculaire dressé...

Quelques années plus tard, après avoir assimilé toutes les comptines, les us et coutumes scolaires, l’enfant choisira de présenter son pouce à ses camarades pour dire, pause, je souffle... En grandissant, il découvrira aussi l’agressivité contenue dans le doigt du milieu. Adolescent intrépide et révolté, il agitera son pouce pour faire du chemin et brandira son poing sur les barricades. Devenu adulte, il continuera de remuer les mains pour échanger des informations, des explications...
Enfin, quand les mots manqueront, l’index, le premier doigt pour parler, reviendra sur le devant de la scène pour demander, en pointant l’objet convoité...

17 janvier 2007

Bouche cousue...


Un problème technique indépendant de ma volonté m'a empéché de publier le post prévu.
Cet après-midi, en courant dans la colline, dans un moment de distraction que je regrette amèrement, j'ai chuté brutalement dans les cailloux, .. face contre terre ... résultat de la course, 2 dents cassées, lèvres déchirées, 7 points de suture, hématomes et contusions diverses...

Vive le sport.

En attendant, aux urgences, j'ai pensé: aujourd'hui j'ai laissé deux dents dehors...

13 janvier 2007

Nous ne sommes pas seuls...

G., chat de L., Aix, décembre 2006

Il y a des bêtes parmi nous...

Certains veulent nous faire croire que nous n'avons rien à voir avec elles, que nous n'avons pas gardé les chèvres ensemble, d'autres affirment que nous avons presque tout en commun. La frontière est floue, le sujet polémique et chaque théorie trouve de fervents défenseurs. Domination de l'homme, animal assimilé à une machine, animal pauvre en monde, bêtes plus fidèles que l'homme, rattachement généalogique, processus de désanimalisation... Difficile de faire son choix. Quelques observations relevées dans la vie quotidienne peuvent néanmoins nous éclairer. On note d'abord un premier clivage. Selon qu’il se trouve dans notre assiette ou sur nos genoux, l'animal n'a pas le même statut et le regard que l’on porte sur lui est très différent. Entre “c'est vraiment délicieux, comment faites-vous ?” et “il est trop mignon, comment s’appelle-t-il ?", apparaît un fossé. La taille modifie aussi notre impression. Si l’animal est trop petit dans l’assiette, on est déçu, et s’il est trop gros sur les genoux, on est dégoûté.

D’une manière générale, notre relation avec les autres espèces est fluctuante. Le législateur est pourtant clair, les animaux, tous les animaux, sont des choses. Et il faut bien le reconnaître, pour un bon nombre d’entre eux, déjà tous ceux avec lesquels on doute franchement d’avoir un lien de parenté, c’est assez acceptable. Ainsi, en dehors des fanatiques, personne ne se préoccupe plus des droits des insectes, poissons, oiseaux et autres lézards et serpents qui peuplent nos campagnes et celles des autres, que de ceux des chaises ou des fourchettes qui habitent avec nous. La plupart des espèces n'ont pas trop intérêt à revendiquer un régime juridique particulier. En revanche, notre sensibilité s'exacerbe quand on trouve des points communs, taille, poids, coiffure, et surtout regard dans lequel les âmes fragiles voient le reflet de leurs propres tourments. Heureusement, nous avons trouvé la parade. Pour éviter de nous attendrir, nous les utilisons en pièces détachées, ce qui réduit considérablement leur charisme et la tentation d'attachement.

Remarque 1
La difficulté pour décrire les relations entre l'homme et l'animal tient à la pauvreté du langage, trop humain...

Remarque 2
Avec certains animaux, ceux qui ne peuvent exister sans nous, chats et chiens, le trouble vient de cette manière que nous avons d'entrer en contact avec eux. La domestication et l'apprivoisement s'effectuant par débordements réciproques, ils deviennent vite des personnes que l'on fait entrer dans nos histoires, que l'on raconte, au même titre que celles avec lesquelles on partage le reste de la vie.

Casablanca, début des années soixante

Un bestiaire humain
Un lapin, un poussin, un canard, une puce, un requin, une chienne, un rat, un ours, une poule (de luxe ou mouillée), un cafard, un âne, un biquet, un coq, une tigresse, une bécasse, une buse, une grosse vache, un gros porc, un petit cochon, une cochonne, une morue, une dinde, un vrai cabri, une vieille chouette, une teigne...

10 janvier 2007

Cache-misère...


Il y a quelques jours, je posais une question à la fin d'un billet. Voici le début d'une réponse...

L'humour et la poésie modifient la distance du regard porté sur l'homme. En augmentant la distance, la poésie s'élève, monte aux arbres et s'échappe vers le ciel. A une certaine hauteur, les hommes ressemblent à des créatures imaginées, leurs mouvements à des danses énigmatiques, leur agitation paraît répondre aux ordres d'un marionnettiste aveugle. Dans un mouvement inverse, en réduisant la distance, en forçant le trait, l'humour relève leurs travers, accentue les défauts. La caricature, la répétition, l'exagération sont les artifices pour provoquer le rire. Humour et poésie empruntent principalement la métaphore pour parvenir à leurs fins. C'est l'écart entre le sens habituel du mot et son sens imagé qui crée l'effet et secoue l'homme. Si la distance est trop importante, on reste sur le bord, incapable de franchir le vide et l'effet est raté. Pour apprécier, on doit devenir acteur dans les deux exercices, on doit parcourir seul le morceau manquant, interpréter. Cette liberté et cet engagement provoquent la sensation, l'excitation ou la jubilation. La surprise joue sa part. Prévoir l'effet, tendre le piège et attendre, voilà le plaisir enfantin de l'écriture, comme cette tension ressentie dans l'attente à cache-cache. Regarder l'autre hésiter, chercher puis oser franchir la rivière en sautant de pierre en pierre, au risque de glisser, de se mouiller, et se diriger vers nous.

Remarque 1
Poésie et humour ne s'embarrassent pas des conventions, ils sautent par dessus les barrières sociales, court-circuitent les hiérarchies, visent le coeur. Paroles de résistance, elles sont vitales.

Remarque 2
Celui qui reste dans le jeu pour faire semblant, pour observer les autres et les railler, les moquer est ob/scène.

Remarque 3
L'écueil de l'humour est de s'approcher pour réduire l'autre, le montrer petit, dans sa faiblesse et sa détresse.
L'écueil de la poésie est de s'éloigner et de perdre de vue l'autre, de se gorger de ses propres mots devenus délire.

06 janvier 2007

Parcours d'orientation...


Depuis notre plus tendre âge, nous pataugeons dans un imaginaire qui construit le monde dans lequel on grandit.
Notre quotidien s'éclaire et se colore grâce aux images qui occupent notre boîte noire. Ainsi la métaphore du voyage pour désigner notre vie et celle du chemin à parcourir pour imager son déroulement se traduit par une multitude d'expressions qui nous accompagnent sur le trajet... Nous n'y échappons pas, elles nous parlent et nous en parlons. Des "Chemins qui ne mènent nulle part", en passant par "La route de la servitude", nous empruntons tous cette voie pour signaler notre position et indiquer notre trajectoire.

Dès l'enfance, une marche à suivre nous attend, véritable parcours du combattant. Pour ne pas se perdre en chemin, il faut emprunter les voies toutes tracées, la voie royale étant la meilleure, surtout éviter les voies de garages et les impasses, et ne pas s'écarter du droit chemin. Le premier pas est le plus difficile, ensuite sur un terrain plein d'embûches, on doit sumonter les obstacles, franchir les étapes et, bien sûr, ne pas s'arrêter en chemin. Une fois en piste, il faut tracer sa route et faire son chemin...

L'image se déplie toujours et dans chaque pli, on découvre un nouveau motif. Dans un des plis, aparaissent des gens de passage qui, semelles de vent ou de plomb, font un bout de chemin ensemble et croisent leurs routes...

Remarque 1
Les gens pressés conseillent d'aller de l'avant, de ne pas se retourner, de foncer. Marche forcée et marche au pas? On peut préférer se promener sur un autre rythme, sortir des sentiers battus, et même se perdre en chemin...

Remarque 2
L'immobilité (alitement, enfermement) est signe de déséquilibre, notre équilibre est toujours fragile car il ne peut exister que dans le mouvement, source de déséquilibre... La marche illustre ce paradoxe.

Remarque 3
Les questions de l'existence sont les chemins à parcourir entre le monde et le mot. Chaque homme doit faire ce trajet. Par moments, nous examinons le terrain et recherchons les itinéraires possibles, le reste du temps nous marchons seulement dirigés par le bruit ou la lumière qui nous entourent.

Remarque 4
Certaines voies restent impénétrables...

03 janvier 2007

Le rôle de sa vie...


Sur la scène de la vie quotidienne, nous avons tous un rôle à tenir. En fait autant de rôles que de groupes dans lesquels nous intervenons. L’existence sociale n’est possible qu’à travers notre capacité d’endosser une succession de rôles différents selon les publics et les moments. Toute action implique la mise en jeu de rôles, c’est à dire de comportements tenus envers autrui.
La société est la scène de la représentation où un réseau d’innombrables acteurs interagissent, coopèrent ou entrent en conflit.

Ce qui est exigé de l’acteur, c’est qu’il apprenne suffisamment de bouts de rôles pour être capable d’improviser et de se tirer plus ou moins bien d’affaire, quelque rôle qu’il lui échoie. Le rôle est une suggestion de conduite suspendue à l’interprétation que l’acteur opère selon les circonstances. L’acteur doit observer la situation et agir sur un mode raisonnable. Il puise, pour jouer juste, dans la boîte à outils de ses références sociales et culturelles. La culture est une ressource pour se situer face au monde. En coulisse, il s’affaire, les costumes, le maquillage, le décor ... tout doit être en place pour que sur scène, il puisse faire face. L’apparence est toujours une mise en scène, elle a valeur d’un écran de projection.

Le changement d'auteur a modifié notre présence au monde. Le texte à apprendre et à jouer n'est plus écrit désormais par les dieux, la tradition ou la hiérachie, mais par nous. Nous sommes devenus les propres auteurs des rôles de notre vie.
Propulsés sur la scène, il nous faut chaque jour improviser les bons mots et les gestes justes. Ne pas surjouer, ne pas hésiter et assurer pour échapper à l’angoisse du noir, du blanc, qui nous laisserait sans voix, nu, perdu au milieu de la scène. Séduire, charmer le public et le retenir, éviter l’abandon et l'oubli. Trouver dans le tintamarre et la cacophonie ambiants les indications de jeu, en extraire sa petite musique quotidienne. Et chaque jour, remonter sur la scène, le spectacle doit continuer.
Dans certaines situations nous avons le rôle principal avec un beau texte, d’autres fois nous n’obtenons qu’un second rôle. Il arrive que ne nous soyons que figurants. Dans tous les cas, nous sommes les intermittents du spectacle.


Remarque:
Le réel n’existe que dans les représentations de l’acteur mais les conséquences de ses représentations sont bien réelles...

01 janvier 2007

Déjà...

Un peu de silence pour commencer l'année...







.../...

30 décembre 2006

Mode d'emploi...

Athènes, il ya juste six mois...

La date impose le bilan. Ecrire régulièrement est devenu une contrainte et un plaisir. Le texte impose ses mots. C'est une découverte étonnante. Progressivement, le post a pris une forme particulière et m’oblige à la respecter. Comme un artisan, je dois suivre une règle stricte de fabrication.
D’abord, avoir un début d’idée, quelque chose à dire quoi, sans sujet, pas d’objet, juste un artifice, un simulacre. Ensuite, une image pour faire écho, qui va résonner et créer un lien avec l'idée. Il reste à choisir une direction et les relier. L’idée a un caractère général, intemporel, qui vise au système, à l’organisation du monde, au delà des mots. L’image est toujours singulière, instantanée, elle provoque l’émotion, le sentiment, en deça des mots.
Attacher les deux, en papotant comme si de rien n’était, voilà la modalité d’écriture.

Remarque
Le langage contient le monde et l’humanité toute entière.
Enlevons tous les mots, que nous reste-t-il ? Les cris, les grognements...
La soustraction a toujours des effets spectaculaires. Si, demain, on retirait tous les mots, nous continuerions probablement à nous agiter quelques temps sur notre lancée avant de perdre pied. La maladie d'Alzheimer illustre assez bien cette hypothèse. Certains ne se rendraient même pas compte du changement. Les sportifs, et c'est là leur force finalement, continueraient à galoper en tous sens, taper dans la balle et présenter les autres tours d'agileté patiemment appris. Les supporters ne verraient pas non plus la différence...

Question
Pourquoi les mots permettent-ils l'humour, la poésie. Que se passe-t-il donc quand ils franchissent le sens commun pour exprimer autre chose, agir directement sur l'émotion, créer des failles et les combler de rires et de larmes?

28 décembre 2006

Raccourci...

En rangeant machinalement mon bureau virtuel, les deux photos sur lesquelles j'apparais distinctement se sont rapprochées, hasard du monde binaire, et je suis resté interdit.



“Dieu m'a créé pour être un enfant, et m'a laissé enfant toute ma vie. Mais alors, pourquoi a-t-il laissé la Vie me frapper, m'enlever mes jouets et m'abandonner dans la cour de l'école, froissant de mes mains frêles mon tablier bleu, tout sali de larmes ?..”

Ce rapport au monde, un peu pathétique chez Pessoa, est un trait naturel fondamental de l'espèce humaine. Jamais achevés, nous gardons à l’état d’adulte, des traits de l’enfance. Nous arrivons au monde non terminés et une grande partie de notre processus de maturité se fait à l’extérieur du ventre maternel et au sein de la communauté humaine. L’élevage humain a un rôle important dans le développement de notre cerveau. Ce qui au départ est une fragilité extrême devient un avantage considérable par la suite, puisque la maturation peut alors comporter la transmission de la culture. Notre capacité d’étonnement, notre curiosité, dite naturelle, notre ouverture au monde, notre absence de spécialisation sont les traits de notre inachèvement.
Notre société encourage cette immaturité mais nous laisse parfois comme le pauvre petit Fernando.

Remarque:
"Néotonie"... c'est le terme utilisé par les gens bien élevés pour aborder cette question...