22 avril 2007

Rediffusions...



Les textes réservent des surprises. Pendant cette vacance, je les repose. Ils situent le début de l'expérience, la première saison... Je croyais parler d'autre chose, mais à la relecture, je racontais déjà cette aventure.


15 septembre 2006 Se découvrir...

"Je ne suis pas assez con pour voyager juste pour le plaisir" (Gilles Deleuze in Abécédaire)
Partir, c'est, croit-on, aller à la rencontre des autres, mais le premier que l'on croise, sur le chemin, c'est soi-même... devenu étranger dans ce nouveau décor et cette mise en scène inhabituelle... La première question n'est alors pas une question de fond mais de forme. Est-ce que j’ai une forme définie, reconnaissable ailleurs par d’autres ?
Cette forme est-elle fixe, souple, rigide, capable de se déformer sans se transformer...? de se couler dans des moules différents en gardant ses propriétés? ... conserver sa forme, se reconnaître, rester soi-même, et être modelable “sur les bords” pour s’adapter aux nouvelles conditions, être ferme et souple, affaire de densité. Si la matière est trop rigide elle casse ou explose sous la pression, si elle est trop souple, elle s’applatit ou s’écrase.
Un seul conseil: garder la forme...


16 septembre 2006 Définition...

... petit groupe qui se déplace en autonomie dans un environnement plus ou moins hostile...
En observant le phénomène et en se fondant sur les invariants d'échelle, on peut alors le comparer au nomadisme...
Comment vit-on nomade? Quel est alors notre rapport au monde? Quelles représentations a t’on du monde et de soi quand on se déplace avec sa vie? Quel est notre rapport aux autres quand ils sont l’élément stable, la permanence? Comment s’adapte-t-on à cette inversion du rapport au monde? On devient plus léger, on ne peut plus s’encombrer en consommant, on se regroupe pour continuer à exister, si je perds le groupe, je disparais, il n’y a pas de lieu où je peux me retrouver, je suis condamné à rester dans la communauté, il n’y a pas d’ailleurs puisqu’on est en mouvement perpétuel. Mon groupe, c’est ma culture, ma survie, il n’y a pas de dehors.


21 septembre 2006 De lire à lier...

...relire, relier ...délire, délier...
Les mots échappent parfois à leur propre sens pour s'embusquer, prendre une direction inattendue et traduire des réalités imprévues. Dans la vraie vie, une rencontre s'effectue dans le temps et dans l'espace; pour qu'elle ait lieu, il faut que les deux conditions soient réunies : telle heure, tel endroit; c'est la scène du théâtre des interactions, unité de lieu et de temps... sinon, rien. Dans la vie rêvée, la lecture permet de dépasser cette nécessité. Par un simple mouvement, en toute immobilité, abandon du corps, elle va à la rencontre des hommes dans le temps et dans l'espace. Elle provoque aussi la rencontre ici et maintenant, découvrant des territoires communs entre gens de passage. Un jour, je croise un homme, qui, par le simple dévoilement de ses lectures, devient un proche... Cette révélation est toujours excitante et rassurante, comme doivent être les sentiments ressentis dans une confrérie. Appartenir à la communauté des hommes qui ont partagé ce voyage intérieur... richesse et privilège.



23 septembre 2006 Approche ...

On est toujours seul, au milieu des autres ...mais... dans son rapport à l'espace, le monde animal témoigne d'une dichotomie absolue et assez inexplicable. Alors que dans certaines espèces, les animaux éprouvent la nécessité de l'entassement et du contact physique, dans d'autres, au contraire, ils évitent tout contact. Aucune logique ne semble en apparence déterminer la catégorie où se range une espèce. Parmi les animaux "à contact", on trouve le morse, l' hippopotame, le porc, la chauve-souris brune, le perroquet et le hérisson... En revanche, le cheval, le chien, le chat, le faucon, la mouette sont des espèces "sans contact".
Quant à l'homme, il semblerait que ce soit un peu plus compliqué ... (sauf à croire en la réincarnation)

17 avril 2007

Virtuelle réalité...

Les écrans sont devenus les lieux de la rencontre, de l'échange, face à face aveugle, sans corps, mais pas sans esprit... Ici, les pensées, les "regards" se croisent, supprimant les rapports traditionnels, les divisions classiques, auteurs et acteurs d'un côté, lecteurs et spectateurs de l'autre. La scène a disparu, on est vu sans être aliéné, on voit sans exercer de pouvoir. La disparition des frontières nous entraîne dans des provinces de sens où se confondent l'imaginaire et le réel. Le lecteur de roman, le spectateur de film entre bien dans un univers imaginaire qui effectivement prend vie pour lui, mais en même temps, au plus fort de sa participation, il sait qu'il lit un roman, qu'il voit un film.
Ici, ces anciennes catégories ne nous aident plus. Les trois sphères qui structurent notre quotidien se déforment aussi. La hiérarchie habituelle, intime, privée, publique, éclate et nous recompose. La sphère intime est directement reliée à la sphère publique, bouleversant notre vie sociale... Qu'allons nous devenir ?

14 avril 2007

De l'autre côté...

Tant pis... Je ne respecte plus le protocole et j'effectue des allers-retours sur les passerelles vertigineuses entre les deux mondes, le réel et le virtuel.

1) Cette introduction explique enfin la présence de cet étrange dessin ...


2) Le 30 septembre, je postais un message qui soulevait la question du processus identitaire en jeu dans cette aventure. Il s'intitulait "nouvelles du moi", il préfigurait ce "nouveau moi à venir". Pour l'illustrer, j'avais mis une photo et son reflet, le reflet était la photo et la photo le reflet...

L’homme vit désormais en miroir de sa propre vie, il réfléchit et s’analyse, jusqu’à transformer son quotidien en objet d’interrogation comparable à l’objet d’expérimentation du scientifique en laboratoire. Son existence n’est pas celle de l’individu biologique défini par le souci vital, mais celle de l’individu libre défini par le souci de l’être. Sa vocation, c’est connaître le monde objectif, son destin, c’est vivre dans un monde subjectif: tantôt, son monde devient partie du monde objectif, tantôt le monde devient une perspective de son monde. Le monde est à la fois pour lui un monde donné qui est le lieu de ses découvertes et un monde produit qui est le lieu de ses inventions...

Prémonitoire.

3) Le troisième élément est le plus troublant. Daté du 28 novembre, c'était le plus mystérieux. Les photos que j'avais utilisées auraient dû me mettre sur la piste. J'y apparaissais dérrière le miroir, juste après le franchissement... En touriste, je prenais un cliché et faisais un signe d'au revoir...

Il dévoilait pourtant ce qui allait devenir ma condition, de l'autre côté : réduit à une gymnastique quotidienne pour continuer à exister ; toujours le même mouvement répété dans le même ordre : trois temps: apparaître, paraître et disparaître, pour que le phénomène se reproduise, relevant à la fois du continu et du discontinu. Apparaître semble aller de soi, pourtant le monde est à réinventer chaque fois ... On s'y résout sans trop remarquer l'exploit qu'on réalise. Paraître, c'est la mise en image de cette création pour la journée. .. Et puis, comme à reculons, on s'éteint, on disparaît... aux trois "clics", on réapparaît, prêt à recommencer dans ce qu'on pense être le lendemain...

Un léger frisson me parcourt...

Tout ceci se passait au début du voyage. Avant les rencontres, les échanges, qui ont donné un sens, une densité, une forme de réalité à ce nouveau monde... un début de permanence, réduisant, chaque jour, l'incertitude de l'avenir ...

11 avril 2007

La toile...

Un jour, le commentaire devient plus important que le texte. Pour continuer la conversation entamée dans la cour, je reviens à la surface et j'ouvre cette fenêtre.

"La peinture s'arrête à la surface, c'est sa nature et sa limite, son problème."
Je ne “vois” pas comment contester ce truisme. Certains ont bien essayé de considérer le support, mais ça n’ajoute pas grand chose au débat.

“Les peintres sont superficiels”. C’est leur condition qui l’impose, se débrouilller avec la surface du tableau, en rester là. Confrontés à ce “problème”, ils font leur petite cuisine, leur métier.

"Ils n'ont rien à dire."
S’ils avaient quelque chose à “dire”, ils le diraient. C’est le spectateur qui parle, de lui.

"Ils sont seuls dans leur tour "d'y voir"
La rencontre ne peut se faire, il n’y a pas de lieu, pas de temps. Une oeuvre d’art impose un présent qui ne peut rien assumer ni entreprendre, un présent qui n’est celui de personne, un “instant impersonnel et anonyme”.

Le spectateur travaille aussi, sa sensibilité aux contours et aux couleurs évolue, il découvre, s’engage, affine ses perceptions, sa culture transforme son regard... mais la seule chose qu'il ne saura jamais sur un tableau c’est combien il l’aime.



LA TOILE

Considérons une toile d'araignée. L'araignée ne sait rien de la mouche, et ne peut en prendre les mesures comme le fait un tailleur avant de confectionner un habit pour son client. Cependant elle détermine la grandeur des mailles de sa toile selon les dimensions du corps de la mouche et mesure la résistance des fils en proportion exacte de la force de choc de la mouche en vol... Les fils de la toile sont exactement proportionnels à la capacité visuelle de la mouche, qui ne peut les voir... Les deux mondes perceptifs de la mouche et de l'araignée sont absolument non communicants, et cependant si parfaitement accordés que l'on dirait que la partition originale de la mouche agit sur celle de l'araignée de telle sorte que la toile qu'elle tisse peut être qualifiée de "mouchère". Bien qu'aucun animal ne puisse entrer en relation avec un objet comme tel, mais seulement avec des porteurs de signification, la toile exprime la paradoxale coïncidence de cette cécité réciproque...


Ces bouts de suite doivent presque tout à Beckett, Levinas et surtout Agamben à qui j'ai emprunté ce texte pour en faire cette petite fable " La mouche et l'araignée"...


08 avril 2007

Limites...

Je ne serai pas peintre. Je suis, comme en tout, un promeneur du dimanche. Se dresser, affronter debout les éléments déchaînés, très peu pour moi... J'ai saisi les mouvements du vent, j'ai deviné les risques dans les nuages noirs et lourds, je sais les reconnaître mais je préfère m'abriter.
J'aime en parler, les regarder chez les autres, les partager, un peu...



Il y a une autre raison. Je suis impatient. Une fois commencé, mon tableau doit être terminé, une séance, une seule, elle peut se prolonger, je sais rester concentré le temps qu'il faut... Mais une fois sorti, je ne retrouve plus l'accès, je suis passé à autre chose. Et Matisse est catégorique: " La puissance et la vitalité d'un artiste se mesure à sa capacité à organiser ses sensations et à revenir plusieurs fois, à des jours différents, dans un même état d'esprit, à les continuer... Un tableau est une lente élaboration. Dans la première séance, on note les sensations fraiches et superficielles"... Je suis resté à la surface...


05 avril 2007

Constitution...


Quelles sont les règles qui régissent nos rapports sur cette planète. Qui définit et pose la loi ?
Personne, chacun, tout le monde. C'est la confusion qui règne. Alors, j'ai relu mes premiers billets en postulant qu'en les écrivant je traçais inconsciemment des limites pour survivre sur cette terre inconnue. Les lois de la planète Terre ne m'intéressaient pas. Elles ont conduit à l'aliénation, l'inégalité et la haine... Je voulais, sûrement, en venant dans ce nouveau monde, changer les choses...
Bonne pioche.
J'ai trouvé deux textes qui définissent clairement le code que je choisissais de poser et de suivre. Je remarque que ce sont les seuls textes dont je ne suis pas l'auteur. Le premier est une déclaration. Le deuxième est une série de prescriptions. Je vous les livre à nouveau, replacés dans cette perspective. Aujourd'hui, je n'ai rien à ajouter. Ils sont ma Constitution.

Déclaration
Notre condition n'est ni tragique ni frivole, mais simplement sérieuse...
Le « tous les jours » est le régime éthique de la continuité vertueuse par opposition à l'intermittence esthétique. L'héroïsme est spasmodique, mais la vertu doit être chronique: que dirait-on d'un juste qui n'aurait de vie morale que le dimanche?
Le comportement doit être conforme au devoir sans être inspiré par le devoir.
L'idée d'une charité professionnelle est à peine moins ridicule que celle d'une gaité professionnelle, d'un humour professionnel ou d'un charme professionnel: car la joie, l'humour et le charme sont des mouvements qui exigent toute la fraicheur et toute la pudeur de la spontanéité.
Le devenir n'est pas seulement la propulsion par l'instant, il est encore le mouvement acquis; il est retentissement, mémoire et immanence du passé au présent; l'homme du remords ne le sait que trop bien.
Le commencement dépend de nous, mais la continuation dépend du commencement une fois posé et suit inexorablement son cours, même si nous cessons de la vouloir.
Pour commencer, il faut commencer par commencer. Dans l'art du commencer rien à apprendre. On n'apprend pas à commencer, mais seulement à continuer.
Pour ce qui est de vouloir, nul ne peut me remplacer.
Si le courage est la vertu de l'instant, la fidélité est la vertu de l'intervalle.
Le courage est la vertu inaugurale du commencement, de même que la fidélité est la vertu de la continuation et le sacrifice celle de la fin. Il faut du courage pour rester fidèle. La fidélité est un courage opiniâtrement continué.
Pour avoir du courage, il est nécessaire d'avoir peur. C'est la peur surmontée et non l'absence de peur qui faIt le courage. Le courage ne peut ête ni thésaurisé ni capitalisé.
La fidélité est la vertu du temps continu comme le courage est la vertu du passage à l'acte. L'important est d'être fidèle par amour, non par contrainte ni par ascèse. Le fidèle suit sa voie quoi qu'il arrive, et jusqu'à l'absurde s'il le faut. C'est peut-être dans cet entêtement paradoxal de la volonté que la constance du sage est la plus belle.
Celui à qui manque une seule vertu n'en a aucune, celui qui en a une les a toutes. Philosophie stoïcienne du « mélange total ». Que serait la sincérité sans le courage? La charité sans la modestie...
Vladimir Jankélévitch ( à partir du Traité des vertus )

Prescriptions

Ne t'attarde pas à l'ornière des résultats.

Tiens vis à vis des autres ce que tu t'es promis à toi seul. Là est ton contrat.

Hâte-toi de transmettre ta part de merveilleux, de rebellion, de bienfaisance.

Enfonce-toi dans l'inconnu qui creuse. Oblige-toi à tournoyer.

Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque.

Imite le moins possible les hommes dans leur énigmatique manie de faire les noeuds.

Donne toujours plus que tu ne peux reprendre. Et oublie.

Ne te courbe que pour aimer.
René Char

03 avril 2007

Fonction...

Le peintre, comme un géomètre, place des points, trace des lignes, donne une forme à son chaos intérieur.
Les linéarités arrachées et déposées sur la toile reflètent sûrement les tourments de l'âme, agitée puis calmée par l'apparition des traces... Des images imprévisibles surgissent de cette bataille...




Ce dessin fait partie des dernières séries, à la fin des années quatre-vingt-dix. Je continue à l'apprécier, il est le décor. Un tableau, avant d'être une image et un objet, est un morceau d'espace. Posé sur un mur, il devient élément de l'installation qui constitue notre environnement. Il transforme notre perception, cassant des lignes, définissant des zones d'ombre et de lumière. Aujourd'hui, seul le désir de modifier ces rapports me pousse à reprendre les armes.

Message...

Chères unes et chers autres,

Je ne suis pas indifférent aux remous qui agitent notre quartier. Les questions soulevées par Fishturn, Elle, Magwann, Crocodile, Greg, Well, Mesuline, Benoît...me touchent et je suis préssé d'en découdre, de tisser des liens, de discuter des motifs, bref de participer. Je collecte patiemment vos remarques sur ces problèmes (notre survie en dépend) avant de les partager avec vous. Je voudrais juste en terminer avec "ma petite histoire de ma peinture", avant. En espérant qu'il ne sera pas trop tard, que vous ne serez pas tous partis vous installer ailleurs, je vous assure de toute ma considération et mon amitié...

DD

31 mars 2007

Tableaux...

(panneaux rigides et autonomes...)


Bon, à un moment ou à un autre, il faut bien s'y résoudre, on n'est pas peintre juste en faisant des gribouillis sur un morceau de papier. L'artiste doit produire des tableaux de grande dimension, des objets encombrants, en correspondance avec la taille de son talent. Comme tout le monde, je m'y suis collé. Le panneau qui te dépasse, que tu déplaces avec peine, qui te donne l'illusion que ton art t'englobe, t'absorbe... Papier marouflé sur bois, un mètre carré. Du solide. Il vaut mieux les exposer et les vendre plutôt que les entasser, cruel embarras du peintre prolifique et méconnu.




Le côté surprenant des grands tableaux, c'est la disparition du temps pendant la confrontation. Impossible de savoir si une heure, quatre heures, onze heures sont passées, le temps ne s'écoule plus, il reste sagement immobile pendant que tu t'agites avec tes crayons, tes plumes et tes pinceaux. Le temps de la peinture est à la fois suspendu et muet...

28 mars 2007

Dessins...



C'est la base. En général, on commence tôt, sur les bancs de l'école, dans les marges des cahiers, pendant l'ennui des heures lentes, insipides, identiques, qui s'écoulent inexorablement du matin au soir, du lundi au samedi. Le dessin installe le corps dans une posture institutionnellement acceptable et remplit le vide de ces journées molles. Tenir, résister, c'est le cri silencieux du petit dessinateur. Le crayon, devenu baguette magique, glisse discrètement sur le papier, crée des univers parallèles, peuplés d'êtres étranges. Il est doux, calme, il file droit, obéit à la main, l'oeil suit tout ça de près, attentif et intéressé. Ma préférence va aux têtes, mais j'ai un faible pour les nuques et les feuillages...







25 mars 2007

Abstrait...


Un jour, on prend conscience de l'enjeu, un morceau vide du monde à remplir avec les moyens du bord. Peu importe qu'il représente quelque chose ou pas. C'est du pareil au même. On doit associer traits, formes, taches, couleurs, sur une surface, verticalement donnée au regard. Voilà le problème. Il faut résoudre les tensions entre l'ombre et la lumière, le clair et l'obscur, le vide et le plein. Il n'y a ni centre ni périphérie, plus de sujet, juste un objet dont on doit modifier la surface pour attraper et retenir le regard. En abandonnant l'artifice de la figuration, on est confronté à une sacrée solitude. Certains vident leur colère, d'autres donnent une forme acceptable à leur violence, c'est dans la retenue ou l'abandon que se situent les solutions. Rothko enfermait sa souffrance dans des grands aplats colorés, Pollock se jetait, se répandait sur la toile. Choisir l'abstraction, c'est naviguer entre ces deux extrêmes. L'abstraction est sans pitié, elle met l'homme face à son destin et le laisse se débrouiller avec ses maigres forces...

22 mars 2007

Collage...


Le collage, c'est mon truc. D'abord, j'ai horreur de me salir, je redoute les produits toxiques, les mélanges sans fin, les odeurs agressives, les préparations, la cuisine du peintre. Le collage, c'est idéal pour les paresseux. C'est de la création tranquille, pas besoin de faire des plans, des ébauches, des esquisses, tout est simplifié. Dans un carton, il y a les papiers de toutes les tailles, toutes les couleurs, toutes les nuances, tu l'ouvres, tu regardes, tu choisis un morceau, tu le poses et les autres s'imposent les uns après les autres. Tu découpes, tu déchires, tu changes l'ordre des superpositions. Sous tes yeux, les équilibres et les déséquilibres se succèdent. Le plus difficile, c'est de retenir une tension, un équilibre instable et complexe, comme la vie...

19 mars 2007

Couleurs...


C'est pas mon fort. Un peintre, ami cher, me répétait sans cesse cette parole Cézanienne "Quand la couleur est à sa richesse, la forme est à sa plénitude". C'était, paraît-il, la clé. J'ai retenu la formule mais je n'ai pas trouvé l'entrée. J'ai fait des essais, mais le résultat est resté enfantin, du coloriage...




C'est sûr, ça fait peur à personne et ça décore joliment la chambre des petits enfants...

16 mars 2007

Les foules...

Après la série des portraits, des foules d'hommes anonymes à chapeaux ont envahi mon paysage mental. Que venaient-elles faire, qu'avaient-elles à me dire ? Je ne sais pas. Un jour, elles ont disparu et d'autres images se sont imposées. J'aimais bien dessiner ces individus, serrés les uns contre les autres. Il fallait remplir tout l'espace de manière à la fois uniforme et aléatoire. Avec cette série, j'ai pris conscience d'une des composantes de l'image, la surface disponible n'est qu'un fragment, le sujet est partout, il déborde même...



Remarque
Je commençais toujours par dessiner les chapeaux qui sont des formes simples, abstraites, faciles à faire varier. Ensuite, les positions de la tête puis du bout de corps s'imposent, naturellement.

14 mars 2007

Silencieux...

En attendant que les mots reviennent, s'ils reviennent, des images pour passer le temps et occuper l'espace...




Au milieu des années quatre-vingt, j'ai fait une série de portraits à partir de photos prises pendant la crise économique des années trente aux Etats-Unis.
Je n'ai jamais compris pourquoi certains thèmes s'imposaient. Quand ils commençaient à m'occuper, il fallait les décliner, et puis un jour, c'était fini, je n'avais plus rien à faire, à voir avec eux. Si on m'en demandait encore un, c'était presque un supplice que de s'y recoller, une espèce de dégoût...

11 mars 2007

Voyage...



Treize février deux mille six...
Malgré la neige, nous prenons la route. Nous traversons la république tchèque pour rejoindre Vienne. L'autoroute est fermée et nous nous engageons au petit bonheur la chance sur les axes secondaires. Rapidement, nous sommes seuls. Dans la voiture, nous ne faisons aucun bruit, nous surveillons. Les paysages sont monotones, le gris et l'incertitude ont fait monter la tension. La traversée des rares villages devient même inquiétante. Tout est fermé, vide, les lumières sont éteintes, il n'y a aucun véhicule au bord des trottoirs. On supporte bien le silence des espaces sauvages, mais l'opacité sourde qui enveloppe ces lieux habités est insoutenable. On veut fuir et pour se rassurer, on préfère imaginer des histoires invraisemblables qui expliquent le départ précipité des habitants...
C'est "Le chercheur de traces" de Imre Kertész qui m'a fait repenser à cette journée. Une écriture qui élimine, écarte, gomme, ne laissant que quelques traces sur un sol glacé, difficile à suivre.

08 mars 2007

Salle d'attente...


Je ne sais pas si vous connaissez Jean Paul Dubois, c'est un auteur que j'aime bien. J'ai lu tous ses romans. Aujourd'hui, pour attendre chez le médecin, j'avais emporté "Parfois, je ris tout seul". La salle était pleine quand j'ai été surpris par mon premier rire. Je l'ai à peu près contenu; le deuxième a été plus difficile à cacher et, au troisième, je riais à chaudes larmes, tout en cachant le titre du livre. Alors, j'ai arrêté, j'ai fermé le livre, je me suis calmé et je me suis recomposé une figure de patient conforme... En rentrant à la maison, j'ai repris ma lecture et quand j'avais envie de rire, je riais, tout seul.


Souris
"Le jour où ma femme m'a quitté, je n'ai rien dit, je n'ai rien fait, je ne suis même pas sorti de mon appartement. Je suis resté chez moi, seul, et je n'ai rien modifié à mes habitudes. J'ai pris une douche et j'ai mangé en regardant la télévision. Puis j'ai fumé une cigarette, debout devant la fenêtre. Avant de me coucher, je suis allé chercher la souris blanche dans sa cage et je lui ai arraché la tête avec les dents."

Heures
"Il est quatre heures de l'après-midi. Je suis dans la salle de bains. J'ouvre les robinets de la baignoire, du lavabo, je m'assieds sur la lunette des toilettes et les yeux fermés j'écoute le bruit de l'eau.
Il est cinq heures de l'après-midi. Je suis dans mon fauteuil, je regarde la télévision sans le son et je mange des dattes. Je crache les noyaux sur la tête de mon chien.
Il est six heures de l'après-midi. Je suis allongé sur mon lit et, sans quitter ma montre des yeux, je retiens ma respiration le plus longtemps possible. Je dépasse largement la minute.
Il est sept heures du soir. Je suis dans la cuisine, je branche mon transistor à ondes courtes et j'écoute parler des gens dont je ne comprends pas la langue.
Il est sept heures trente. Le journée est finie. Je vais me détendre un moment au salon."

01 mars 2007

Vacance...




Promenades à Budapest, pour découvrir les mots et suivre les pas de Imre Kertész ...

27 février 2007

Les irréductibles...

Les éclaireurs ont résisté à la tentation. Ils se sont assis sur le rebord du monde pour regarder le spectacle des hommes. Marc Aurèle et Wittgenstein ont une autre nature. Ils sont restés indifférents à ce qui fait courir les autres hommes, le pouvoir, la richesse et la gloire. Ils ont tous les dons, tous les talents, pourtant ils vont renoncer pour vivre comme ils l’entendent, dans l’humilité et l’austérité. Courageux, déterminés, ils seront généreux et simples. Leur oeuvre et leur vie, intimement liées, s'entrexpriment, reflétant la même exigence éthique et la même intensité intellectuelle.

Wittgenstein, né à Vienne en 1889, part en Angleterre à 18 ans et s’inscrit à la section de mécanique de l’Université de Manchester. Il consacre toutes ses activités à la recherche aéronautique, puis délaisse l’invention pratique pour l’étude des mathématiques pures. Il a vingt ans. Après un séjour en Allemagne, il étudie la philosophie à Cambridge avant de séjourner une année en Norvège dans une cabane qu’il a construite. C’est un musicien averti, très bon clarinettiste, il est attiré pendant une période par la carrière de chef d’orchestre. Il étudie aussi la psychologie expérimentale. En 1914, il s’engage dans l‘armée autrichienne, sert dans la marine, puis devenu officier, il prend part aux combats; en 1918, il est fait prisonnier et passe pluisieurs mois dans un camp, au sud de Italie. A son retour, il se débarrasse de la fortune héritée à la mort de son père et vit avec une extrème frugalité. Il n’a pas encore 30 ans. Célébré pour ses textes philosophiques, il refuse les titres et les honneurs et devient instituteur. Il enseigne pendant six ans dans des villages en Basse Autriche avant de s’ employer à des travaux de jardinage dans un monastère. Il les interrompt pour se consacrer, pendant deux ans, à la construction, dans les moindres détails, d’une grande maison destinée à l’une de ses soeurs. Il utilise aussi, à cette période, l’atelier d’un ami, pour sculpter. Puis, il visite l’URSS, apprend le russe, et se réinstalle pour une année dans sa cabane en Norvège. Il a aussi repris son projet philosophique et il est nommé titulaire da la chaire de philososphie de Cambridge. Quand la deuxième guerre mondiale éclate, il s’engage dans le service de santé de l'armée britannique, il est d’abord brancardier, puis affecté dans un laboratoire. En 1947, il démissionne de l’université de Cambridge et s’isole du monde. Il s’installe dans le nord de l’Irlande, dans une cabane proche de la mer...
Mais l’histoire la plus étonnante qu’on raconte sur lui est la suivante... Wittgenstein et Hitler étaient en classe ensemble, une photo en témoigne. Il est même probable que l’antisémitisme d’Hitler se soit développé en réaction à la personnalité de Wittgenstein... Pendant la deuxième guerre mondiale, Wittgenstein aurait aussi été un agent recruteur au service des russes. Le Juif qui, le premier, a implanté en Hitler sa judéophobie, serait le même Juif que celui qui renversa le Reich en faisant passer les techniques de décryptage de codes et de chiffres entre les mains de l'armée rouge...

L'oeuvre philosophique de Wittgenstein est considérable. Elle défait les noeuds et éclaire les obscurités du langage. Elle bouleverse la compréhension que nous avons de l'extériorité, de l'intériorité et de leur relation. Ses derniers mots furent : « Dites-leur que j'ai eu une vie merveilleuse. »

Marc Aurèle a écrit un carnet rassemblant ses pensées. Les romains, en écrivant, ne visaient pas la lumière d'un non-dit, mais la reprise méditative d'une sagesse consistant à s'atteindre, à vivre avec soi. Voici les pensées que l'Empereur notait, pour lui-même, il y a presque deux mille ans...

"Le petit métier que tu as appris, aime-le et donne-lui tout ton acquiescement. Le reste de ta vie, passe-le en homme qui, de toute son âme, compte sur les Dieux pour tout ce qui le concerne, et qui ne fait ni le tyran ni l'esclave d'aucun des hommes."

"Réfléchis souvent à la liaison de toutes choses dans le monde et à la relation des unes avec les autres. En un certain sens, elles sont toutes tressées les unes avec les autres, et toutes, par suite, sont amies les unes avec les autres. L'une, en effet, s'enchaîne à l'autre, à cause du mouvement ordonné, du souffle commun et de l'unité de la substance"...

24 février 2007

Sieste...


Bercé par votre présence chaleureuse et nos conversations légères dans l'arrière-boutique, je n'ai rien préparé.
Il faudra se contenter des restes et, cet après-midi, je préfère relire les jolies choses que nous avons dites ces jours-ci...